CLUB IRIS
Club universitaire de recherche maçonnique
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EZEKIEL HART :
Homme d’affaires, seigneur, officier de milice et homme politique, né le 15 mai 1770 à Trois-Rivières, Québec, deuxième fils d’Aaron Hart* et de Dorothea Judah ; décédé le 16 septembre 1843 dans sa ville natale.
Ezekiel possède une brasserie et une malterie sur le bord du fleuve. De 1799 à 1810, il achète l’église St-James pour en faire une distillerie. Il possède également un commerce de fourrures sur la rue des Forges. Son frère Moses possède plusieurs bateaux. Ceux-ci lui permettre d’acheter des terres un peu partout aux Etats-Unis et au Canada. Comme ses frères Moses*, Benjamin* et Alexander (Asher), Ezekiel Hart fait une partie de ses études aux États-Unis. Dès 1792, Aaron Hart l’associe à son magasin de la rue du Platon, à Trois-Rivières, et à son activité liée au commerce des fourrures. L’année suivante, Ezekiel se trouve à New York et loge quelque temps chez Ephraim Hart où il fait la connaissance de celle qu’il épousera en février 1794, Frances Lazarus, nièce de Mme Hart, née Frances Noah. Il s’occupe aussi des affaires de la famille et s’emploie à régler la succession d’un oncle, Henry Hart, qui a été marchand à Albany, dans l’État de New York.
Le 2 décembre 1796, Hart forme avec ses frères Moses et Benjamin une société « pour construire une brasserie et une malterie dans le but de faire des affaires dans le domaine de la fabrication de l’ale ou de la bière […] et de plus pour ériger une potasserie et une perlasserie [...] et aussi une boulangerie dans le but de fabriquer du pain et des biscuits ». L’entente prévoit que les trois frères, financés par leur père, seront à parts égales dans l’entreprise fonctionnant sous la raison sociale M. and E. Hart Company. Le consentement écrit de chacun des associés est nécessaire pour modifier l’entente prévue pour une durée de six ans. Le 20 mars 1797, Hart achète, rue Haut-Boc, une terre où « le houblon pour la fabrication de la bière [est] cultivé et pouss[e] ». Des terrains sont également acquis près du fleuve et, le 7 novembre, la M. and E. Hart Company embauche Dominique Gougé, maçon, pour la construction de la brasserie « depuis la date du présent jusqu’au 30e jour d’avril prochain au prix de deux chellins cours d’Halifax pour chaque jour ». L’ouvrier s’engage aussi à « travailler la nuit, quand il sera nécessaire sans aucune autre récompense ».
Les divers bâtiments projetés sont bientôt terminés à l’exception, semble-t-il, de la boulangerie. Du moins, il n’en subsiste plus de traces aujourd’hui. La fabrication de la bière devient assez importante, celle de la potasse également. Le 26 mars 1800, la M. and E. Hart Company engage Baptiste Dubois, de Bécancour, « pour commencer la fin de l’autre mois d’avril et continuer jusques toutes les cendres sont employés ». Les termes du contrat sont clairs : Dubois « garanti de faire de bonne potasse [...] Les dits M. E. et B. Hart promet de payer à dit Baptiste Dubois dix-huit piastres chaque mois et s’ils ne sont pas contents de lui aucun temps de lui payer et l’envoyera. »
Lorsque Ezekiel Hart se retire de la M. and E. Hart Company, l’entreprise possède plusieurs terrains où se trouvent « une brasserie en pierres et un battiment à potasse, ensemble toutes les pompes, cuves, tonneau, trois chaudières de potasse, une chaudière de cuivre denviron 120 gallons ». Tout à côté « est batie un hangard à Drêche », ou malterie, plus loin se trouve le terrain du « Haut bocque dans cette ville contenant soixante pieds de front sur cent seize de profondeur [...] icelui complanté en houblon ». Ezekiel vend le tout à Moses pour la somme de £338 6s 8d. On ne connaît pas la date de la transaction, mais elle semble avoir suivi de près la mort d’Aaron Hart, survenue en 1800. Par la suite, Hart s’engage plutôt dans les traces de son père qui, à tous égards, lui sert de modèle. Il importe et exporte, tient un magasin général, ne rate pas une bonne affaire et, outre la seigneurie de Bécancour, reçue en héritage, il acquiert d’importants biens fonciers, principalement à Trois-Rivières et à Cap-de-la-Madeleine.
Hart partage cependant à cette époque avec ses frères Moses et Benjamin un goût effréné pour la politique. Un document conservé dans les archives de l’American Jewish Historical Society, à Waltham, au Massachusetts, donne les résultats d’une élection qui oppose, dans l’ordre, Louis-Charles Foucher, John Lees*, Pierre Vézina et Hart. Sur quatre pages apparaissent les noms des 138 électeurs et leurs choix. Le 6 août 1804, Foucher et Lees sont élus députés de la circonscription de Trois-Rivières, qui a alors droit à deux représentants. On ne connaît pas les candidats en lice pour l’élection de 1804, mais il est évident que le document mentionné y réfère. De quel Hart s’agit-il ? De Moses ou d’Ezekiel ? Inscrit parmi les électeurs, Moses Hart ne vote que pour un candidat : Hart, évidemment. Sa future compagne Mary McCarthy qui a des biens, donc le droit de vote, accorde ses voix à Foucher et à Hart. Alexander et Benjamin optent pour Lees et Hart. Comme les noms de Foucher, de Lees et de Vézina ne figurent pas parmi les électeurs, ni celui d’Ezekiel Hart, peut-on en déduire que ce dernier est bien le candidat ? Une adresse « aux honorables et indépendants électeurs de la ville de Trois-Rivières », datée du 22 juin 1804 et qui porte le nom d’Ezekiel Hart, conservée également à Waltham, vient confirmer cette hypothèse. « Mon intérêt est lié à vos intérêts », précise le candidat, qui s’engage à remplir les devoirs de la charge qu’il convoite « au mieux de [ses] capacités et cela dans l’intérêt de [sa] ville natale ».
La victoire de Hart à l’élection partielle de Trois-Rivières en 1807 donne le signal d’un important épisode politique et d’une controverse qui fera couler beaucoup d’encre et prêtera à bien des interprétations. À cette élection, tenue pour trouver un successeur à Lees, mort cette année-là, quatre candidats se font la lutte : Mathew Bell, Thomas Coffin, Vézina et Hart. L’historien Benjamin Sulte* raconte que « le juge Foucher représentant, entama l’affaire par un assez long discours, tout favorable à Coffin ». Une première levée de mains met Vézina en minorité, lequel se retire aussitôt en faveur de Coffin. Hart prend quand même les devants avec 59 voix sur 116. Coffin avec 41 voix et Bell avec 16 se retireront à leur tour avant la fin de cette journée du samedi 11 avril 1807. Le président d’élection demande à Hart, candidat élu, de signer certains documents, au grand embarras de ce dernier qui aurait demandé, toujours selon Sulte, qu’on attende la fin du sabbat. Pressé de s’exécuter, il signe tout simplement Ezekiel Hart, 1807, en ne tenant pas compte de la formule « dans l’année de Notre-Seigneur ».
Étant donné que la session se termine à Québec, Hart doit attendre jusqu’au 29 janvier 1808 avant de prêter serment. Anciens adversaires dans la circonscription de Trois-Rivières, Foucher et Hart se retrouvent ensemble à Québec et tous deux en sérieuse difficulté. On les considère comme des hommes politiques favorables au parti des bureaucrates et les députés canadiens, soucieux de s’assurer une majorité stable à la chambre d’Assemblée, contestent leur droit de siéger. Comme la plupart de ces députés ne peuvent se payer un séjour prolongé à Québec car ils n’ont ni salaire ni allocation de dépenses, ils choisissent d’expulser de l’Assemblée des membres vulnérables du parti adverse : un juge qui ne saurait, selon eux, à la fois voter les lois et veiller à leur application, et un Juif qui, à leur avis, n’a pu prêter le serment prévu. Donc ce dernier « ne peut prendre place, siéger ni voter ». On le chasse de l’Assemblée par une résolution. Contrairement à ce qu’on a souvent écrit, Canadiens et Britanniques n’ont pas fait bloc sur la question. Ainsi le procureur général Jonathan Sewell a voté en faveur de l’expulsion de Hart. Paradoxalement, Hart, élu par une circonscription peuplée d’électeurs à majorité canadienne et catholique, se fait expulser par une Assemblée dominée par une majorité également canadienne et catholique. « Je soupçonne plutôt, écrit le voyageur John Lambert*, qu’ils [les Canadiens] voulaient conserver la majorité en leur faveur, et si possible, faire entrer un francophone plutôt qu’un anglophone à l’Assemblée. »
Dans sa résolution d’expulsion, l’Assemblée rappelle que Hart est de religion judaïque et qu’il a « prêté le serment selon la manière coutumière propre aux personnes de cette confession ». En effet, Hart a mis une main sur sa tête et remplacé le mot chrétien par le mot juif. Pendant le débat, on souligne qu’un juif ne croit pas au Nouveau Testament, partie intégrante de la Bible. En somme, Hart a prêté un serment dont on conteste la validité. Cette raison, un prétexte selon certains, justifie l’expulsion de Hart. Ce dernier a beau protester, il doit rentrer chez lui. De toute façon, la session tire à sa fin. Quatre années sont passées. Le gouverneur sir James Henry Craig* annonce la tenue de nouvelles élections.
Hart y retrouve ses 59 voix de l’élection précédente. Le juge Foucher, dont la présence à l’Assemblée a soulevé un autre vif débat, se classe quatrième avec 32 voix. Joseph Badeaux*, pour sa part, surclasse Pierre Vézina par une voix. Cette fois, Hart prêtera serment « selon la manière chrétienne ». Le débat reprend tout de même à l’ouverture du Parlement le 10 avril 1809 et est encore plus long. Le 19 avril, après plusieurs votes, l’Assemblée adopte une résolution affirmant que Hart est la même personne déjà chassée « comme professant la Religion Judaïque ». Le débat se complique. Finalement, on refuse à Hart le droit de siéger et de voter à cause de sa religion. Le 5 juin, devant les avis contradictoires reçus, Craig se tourne vers Londres. Le 7 septembre, lord Castlereagh, secrétaire d’État aux Colonies, confirme qu’un Juif ne peut siéger à l’Assemblée. De toute façon, le 15 mai, résolu à mater les députés canadiens, Craig a dissous l’Assemblée et annoncé la tenue de nouvelles élections générales. Que fera Hart ?
Plusieurs historiens ont prétendu que Hart s’est présenté de nouveau. Un M. Hart se classe en effet quatrième avec 32 voix. Il s’agirait, d’après la Gazette de Québec du 2 novembre 1809, de Moses Hart. Selon les documents connus, Ezekiel Hart, pour sa part, se tourne alors résolument vers ses affaires. Il appartiendra plutôt à ses fils de poursuivre la lutte politique. Samuel Becancour, Aaron Ezekiel* et Adolphus Mordecai* Hart influenceront fortement la législation de 1831–1832 qui reconnaîtra aux Juifs du Bas-Canada la plénitude de leurs droits civiques.
Admis dans la milice en juin 1803, Ezekiel Hart a servi comme lieutenant dans le 8e bataillon de Trois-Rivières placé sous le commandement du lieutenant-colonel Charles-Michel d’Irumberry* de Salaberry en 1812. Hart se retrouve-t-il alors à la bataille de Châteauguay ? On sait qu’il passe à cette époque au 1er bataillon de milice de Trois-Rivières dont il deviendra capitaine en 1816. Il sera promu colonel du 1er bataillon de milice du comté de Saint-Maurice le 16 mai 1830.
À sa mort en 1843, Hart a droit à des funérailles imposantes. Les magasins de Trois-Rivières ferment leurs portes et le 81st Foot lui rend les derniers hommages. On l’enterre dans le deuxième cimetière juif de Trois-Rivières, sur un terrain qu’il a lui-même donné à cette fin. Hart aurait eu 10 enfants. Au moment où il a dicté son dernier testament, le 20 juin 1839, sa femme était morte depuis 18 ans et il lègue ses biens à Samuel Becancour, Aaron Ezekiel, Ira Craig, Adolphus Mordecai, Esther Eliza, Harriet et Caroline Athalia. Le 30 novembre 1843, les notaires Laurent-David Craig et Joseph-Michel Badeaux entreprennent l’inventaire des biens d’Ezekiel Hart et de Frances Lazarus. Il leur faudra près de trois mois pour faire le tour des biens de la maison et du magasin de la rue du Platon. Hart était riche. Il habitait une immense maison de 16 pièces, confortable et fort bien meublée.
Craig et Badeaux prendront plus de trois jours pour dresser une liste partielle des livres que contient la bibliothèque de Hart. Souvent, ils se contentent d’identifier un lot de vieux livres. Mais leur relevé, pour une valeur de £80, couvre tout de même 17 pages où sont recensés des dictionnaires, dont un dictionnaire hébreu-latin, une histoire universelle en 23 volumes, l’Encyclopædia Britannica en 17 volumes, des ouvrages de droit, de médecine, de géographie, d’histoire, parmi lesquels une histoire des Juifs en deux volumes, les lois de Moïse, une bible allemande, une histoire critique de l’Ancien Testament, des récits de voyage et, bien sûr, des traités sur la manière de brasser la bière à côté de classiques comme Don Quichotte ou les Mille et Une Nuits.
À n’en pas douter, Ezekiel Hart a été un personnage remarquable pour son époque et son milieu. Comme son père, il a entretenu de bonnes relations avec son entourage, avec cette différence qu’il a fréquenté plus aisément la haute société. Des voyageurs illustres se sont arrêtés chez lui. Ezekiel a aussi été un bon mari et un bon père. À ses enfants, il a laissé, outre d’importants biens fonciers, une éducation raffinée et soignée qui se transmettra chez ses descendants.
La franc-maconnerie trifluvienne au temps des Hart « 1770-1850 »
Auteur : Bernache
Club IRIS
Références générales
nArchives nationales du Québec
nFond Hart, Séminaire St-Joseph de Trois-Rivières
nCommission des biens culturels du Québec
Références « Hart »
nTrois importantes collections de
documents permettent d’établir la biographie d’Ezekiel Hart, soit le fonds Hart, conservé aux ASTR, sous la cote 0009, les Hart Family Papers, conservés aux American Jewish Hist. Soc. Arch.
(Waltham, Mass.), et les Family of Aaron Hart ou Early Hart papers, conservés au musée McCord, sous la cote M21359. Le château Ramezay (Montréal) possède un portrait à l’huile d’Ezekiel
Hart.
Références « Hart »
n
L’inventaire des biens d’Ezekiel Hart et de Frances Lazarus compte près de 200 pages, dont le quart environ est consacré au seul inventaire des biens de la maison. L’original de ce document est
déposé aux American Jewish Hist. Soc. Arch. Une copie se trouve aux ANQ-MBF, dans le minutier de Laurent-David Craig, sous la cote CN1-19, 30 nov. 1843.
Références « Hart »
n
L’historien et archiviste David Rome a dirigé une importante compilation de documents reliés surtout à l’aventure politique des Hart. Il faut voir ses volumineux recueils de textes intitulés
« On the early Harts », qui ont été publiés dans Canadian Jewish Arch. (Montréal), 15–18 (1980).
Références « Hart »
n Parmi
les historiens qui se sont intéressés à la carrière du député Ezekiel Hart, mentionnons Wallot, Un Québec qui bougeait, 149–153, 163–164, et « les
Canadiens français et les Juifs (1808–1809) : l’affaire Hart », Juifs et Canadiens, Naïm Kattam, édit. (Montréal, 1967), 113–121 ; et Benjamin Sulte,
« les Miettes de l’histoire », Rev. canadienne (Montréal), 7 (1870) : 426–443, et Mélanges historiques [...], Gérard
Malchelosse, édit. (21 vol., Montréal, 1918–1934), 19 : 47- 56.
Références « Hart »
n Le lecteur pourra de plus consulter les ouvrages suivants : John Lambert, Travels through Lower Canada, and the United States of North America, in the years 1806, 1807, and 1808 [...] (3 vol., Londres, 1810) ; Frederic Gaffen, « The sons of Aaron Hart » (thèse de m.a., univ. d’Ottawa, 1969) ; Denis Vaugeois, « Bécancour et les Hart », le Mauricien médical (Trois-Rivières, Québec), 4 (1964) : 65–71. [d. v.]
Synthèse de discussion :
Moses Hart
nMoses et Ezekiel sont les fils d’Aaron Hart, Seigneur de Bécancour
nFrère d’Ezekiel et franc-maçon (voir lettre archivée)
nHommes d’affaires prospère
nSi Ezekiel fait de la politique, Moses fait carrière dans le monde des affaires ou de la finance
nArmateur
nLes archives indiquent plus d’une vingtaine de bateaux « cargos », généralement construits au chantier naval de Sorel
nPropriétaire terrien
nFinancier « Prêteur à gages »
nCommerce de la fourrure
nDans ses voyages sur l’un ou l’autre de ses bateaux, Moses achète des terres un peu partout : au Canada anglais, aux Etats-Unis, sur la Côte-Nord, dans la région de Québec. Possède en outre les Chutes de Shawenegan
nPossède des résidences à diverses vocations
nPierre Sales de la Terrière loue des maisons de Moses Hart à Québec « St-Valier » pour en faire un hôpital
nFait un construire un quai fluvial face à sa résidence de Trois-Rivières
Ezekiel Hart
nFils d’Aaron Hart « franc-maçon » et Dorothea Judah; Ezechiel est né à Trois-Rivières.
nOuvre une brasserie et une distillerie à Trois-Rivières.
nCultive le houblon à l’endroit de la présente rue Haut-Boc
nFait de la politique.
nSe fait Maçon à la La « Merchants’ Lodge No. 77 », à Québec
nArchives de l’American Jewish Hist, Waltham, Mass, ou « On the Early Harts », Compil., Canadian Jewish Archives, Mtl, No 18, (1980) : 415. Voir la bibliographie établi par Denis Vaugeois.
nOn the Early Harts », David Rome, compil., Canadian Jewish Archives (Montréal), no 18 (1980) : 415).
nLe 11 avril 1807, il fut élu à la Chambre d’assemblée du Bas-Canada et causa, malgré lui, une controverse parce qu’en tant que juif, il ne pouvait être assermenté sur la Bible.
nL’incident causa la dissolution de la chambre et Hart fut réélu en 1808, puis ré expulsé…
nIl cessa alors d’investir dans la vie politique et se concentra sur ses activités d’affaires à Trois-Rivières,
nIl eut également une carrière militaire. Il joignit la milice en 1812 et fut nommé au grade de colonel en 1830.
nPar la suite, Hart cessa d’investir son temps dans la vie politique et se concentra sur ses activités d’affaires à Trois-Rivières.
n1799-1823 : Hart fait distiller son alcool dans l’église St-James soit l’ancienne église des Récollets.
nD’autres membres de sa famille ont aussi fait leur place dans la vie publique.
nSon frère Benjamin était un homme d’affaires à Montréal et son autre frère Moses était spéculateur foncier à Trois-Rivières.
nHart et son frère, achètent l’église St-James, ou l’église des Récollets avant la conquête de 1759.
nIl utilise l’église comme distillerie « 1799-1823) pour fournir sa brasserie et les nombreux visiteurs, marins pour la plupart.
nHart meurt le 16 septembre 1834 à Trois-Rivières
Biens d’Ezekiel Hart
nDu fleuve St-Laurent, tous les marins de passage pouvaient voir la Brasserie Hart, laquelle devient vite un endroit où il fallait s’arrêter
nHart fait construire une Malterie juste à côté de la brasserie
nAchète des terrains Rue Haut Boc, habite une maison de 16 pièces
nPossède un magasin de fourrures sur la rue du Platon
nÀ la mort de son père Aaron, hérite de la moitié de la Seigneurie de Bécancour
Pratique de la FMie au temps des Hart
nLe franc-maçon qui allait consommer à la Brasserie Hart bénéficiait d’un prix escompté
nMoses Hart traitait affaire avec plusieurs Maçons (dont Laternière)
nLes obédiences ont peu d’influence
nStructure maçonnique peu développée
nL’époque d’Ézékiel Hart se déroule au siècle des lumières de la franc-maçonnerie à cause :
nDe sa grande décentralisation
nDe sa capacité de se reproduire elle-même
nChaque loge pouvait avoir son plan d’aide aux démunis
nCapitation faible sinon existante (on donnait à la loge en fonction de ses moyens)
nL’époque d’Ézékiel Hart se déroule au siècle des lumières de la franc-maçonnerie à cause de sa pratique dans les endroits publics
nLe rituel sur le travail à couvert avait tout son sens (Hart, probablement au second étage de sa brasserie, devait s’assurer de la couverture de l’endroit où les maçons étaient réunis :
nL’époque d’Ézékiel Hart se déroule au siècle des lumières de la franc-maçonnerie à cause :
nReconnaissance maçonnique bilatérale
nReconnaissance par tuilage
nLes signes … guttural, manuel, pénal et pédestre,
nChaque maçon fournissait lui-même son tablier (ceux des plus riches étaient confectionnés à la main, ceux des maçons les plus pauvres étaient improvisés)
D’où vient la franc-maçonnerie ? Premièrement, de Jean Théophile Désaguliers qui lui a donné son caractère contemporain; deuxièmement, des compagnonnages ou des guildes, ancêtres des corporations et des syndicats professionnels d'aujourd'hui; troisièmement, de la structure des loges opératives de William Schaw (1549-1602), Maître des travaux publics d'Écosse et finalement; de l'entrée massive de la Bible dite de Jacques Stuart dans les loges précitées au tournant du premier quart du 17è siècle. La franc-maçonnerie contemporaine aurait ainsi un peu plus de 350 ans.
Une part des origines de la franc-maçonnerie demeure toujours mystérieuse, faute de preuve documentaire adéquate. Et cela est à l’image de la franc-maçonnerie elle-même. Car le monde a besoin de mysticisme et la franc-maçonnerie contribue à l’ancrer. Néanmoins, une question reste d’actualité. Quelle est exactement l’origine de la franc-maçonnerie ?
Si la franc-maçonnerie contemporaine est le résultat de l’intervention de Jean T. Désaguliers[1], elle est aussi la conséquence du système écossais de maçonnerie du 17è siècle tel qu’établi et documenté par William Schaw[2]. Ce système fût logiquement récupéré par Désaguliers pour camper des concepts scientifiques vulgarisés et une nouvelle symbolique biblique. James Anderson[3][3] assista Désaguliers dans cette œuvre de modernisation d’une franc-maçonnerie qui était déjà en place sur une base moins articulée et qui, par conséquent, se pratiquait d’une manière parcellaire par rapport à maintenant, quoique fraternelle et symbolique. Le caractère élitiste de la franc-maçonnerie, créé vraisemblablement par Désaguliers, juxtaposé au développement de l’Empire britannique suite aux victoires militaires du milieu du 18è siècle, lui ont permis de s’étendre efficacement dès ses débuts.
LES DEUX APPROCHES D’ANALYSE DES ORIGINES DE LA FRANC-MAÇONNERIE
Les origines de la franc-maçonnerie se comprennent selon deux approches[4][4] qui se juxtaposent :
· la première dite « de transition » postule que les ancêtres des maçons viennent d’aussi loin que les bâtisseurs de pyramides et subséquemment de cathédrales. Ces maçons opératifs ont alors transité d’un état opératif à un état contemplatif. La transition a lieu essentiellement lorsque les tailleurs de pierre ont été remplacés par des briqueteurs au début du 17è siècle.
· L’autre approche dite « d’émanation » implique que des citoyens organisent des fraternelles en y installant un rituel maçonnique, à une époque de grande misère sociale, principalement à des fins d’entraide aux démunis. Cette approche prend pour acquis que la franc-maçonnerie, tel qu’observée de nos jours, était antérieurement inexistante.
Les rites d’entrée et de passage de l’antiquité se retrouvent également dans les compagnonnages ou les guildes du Moyen-Âge. Pour créer la franc-maçonnerie contemporaine, Désaguliers y ajoute bon nombre d’éléments ritualistes et symboliques d’inspiration à la fois scientifique et spirituelle. Quant à Anderson, il s’agit d’un pasteur presbytérien généalogiste qui a assisté Désaguliers dans son œuvre. Ainsi, une certaine franc-maçonnerie existait déjà avant Désaguliers[5][5]. Par exemple, le père de James Anderson était membre de la loge d’Aberdeen.[6][6]
LEGS CORPORATISTES ANTIQUES
Les « compagnonnages »[7][7], ou les antiques corporations de métier, qualifiées aussi de guildes, se donnaient naturellement une responsabilité d’entraide de leurs membres en présence d’énormes problèmes sociaux entretenus par un contexte guerrier. Cette forme d’entraide ou de fraternité est présente dans le système écossais de William Schaw[8][8] du 16è siècle. Ce système « maçonnique » s’imposait dans une société où l’État ne s’attribuait aucune mission de lutte à la pauvreté.
Quant au caractère initiatique de la franc-maçonnerie, il s’inspire possiblement de rites initiatiques déjà présents dans l’antiquité et que les compagnonnages
adoptent dès le 16è siècle. En effet, les rites initiatiques sont aussi vieux que le monde. Ils étaient pratiqués dans l’Armée romaine[9][9] qui possédait un rituel de sacralisation de l’aspirant soldat. En outre, les rites des Templiers[10][10], nés au 12è siècle, ont été assez bien documentés. L’initiation se faisait la nuit, les candidats traversaient un pénible corridor ainsi que des lieux humides. Finalement,
dans le christianisme, le baptême de Jésus-Christ par Jean-Baptiste se réalise par immersion complète dans le fleuve Jourdain. Dans ce cas, l’immersion représente la mort symbolique du païen pour
renaître à la vie nouvelle de baptisé. Ce rituel chrétien incite l’initié à se poser la question suivante : « Qu’est ce que je dois faire mourir et renaître en moi? » Par
conséquent, les rituels initiatiques et les modèles de fraternité, dans les diverses organisations de l’antiquité, fusaient de toutes parts. La franc-maçonnerie n’avait qu’à tendre la main pour
s’en inspirer.
D’ailleurs, c’est par la mort symbolique de ses défauts et la renaissance à de nouvelles qualités que le maçon s’inscrit dans un processus d’amélioration continue ; d’où la maxime : « La franc-maçonnerie rend l’homme meilleur ». Le principe du « mourir et renaître » n’a donc pas été inventé par la franc-maçonnerie contemporaine. Il est corporatiste et antique tout comme une foule d’autres rites d’initiation et d’élévation.
LE RÔLE DES PERSONNAGES
William Schaw[11][11] (1549-1602) fût Maître des Travaux du roi Jacques VI à titre de Surveillant général des maçons d'Écosse. Il assumait, à ce titre, la responsabilité de l’entretien de toutes les propriétés du Royaume. Les statuts de Schaw remontent à l’année 1598 et s’imposaient à tous les Maîtres Maçons opératifs de l’époque. On y prévoit que les apprentis doivent subir un apprentissage de sept (7) années avant de devenir compagnon ou « frères de métier ». Le registre [12][12] présentant les statuts de William Schaw figurent présentement dans les archives de la Loge Mary’s Chapel à Édimbourg en Écosse.
Physicien français, Jean Théophile Désaguliers[13][13], né à La Rochelle le 13 mars 1683, mourut à Londres le 29 février 1744. Fils d'un pasteur protestant émigré à Londres lors de la révocation de l’édit de Nantes[14][14], il étudia à l'université d'Oxford puis devint professeur au collège de Hart Hall. Membre de la Royal Society, il a coopéré avec Isaac Newton jusqu’en 1727, année du décès de ce dernier. Chapelain du prince de Galles, il posa logiquement les principes de base de la franc-maçonnerie à partir d’une étude du système de William Schaw (1549-1602) dont le mérite fût certes de mettre sur pied une réglementation fonctionnelle de loges opératives à trois niveaux : Apprentis-entrés, Compagnons et Surveillant. Le tout étant inséré dans une structure nationale de loges.
C’est dans ce cadre que Jean Désaguliers visite la Loge écossaise Mary’s Chapel, le 24 août 1721[15][15] à Édimbourg, pour s’enquérir de son mode de fonctionnement. Désaguliers ajoute subséquemment une dimension scientifique à la franc-maçonnerie d’alors en s’intéressant notamment à la symbolique de la construction qu’il applique à des fins de croissance personnelle. Il y voyait sans doute un moyen optimal de vulgarisation scientifique.
James Anderson[16][16] (1678-1739) se retrouve avec Désaguliers probablement au rang d’assistant. D’Aberdeen en Écosse et déménagé à Londres, il contribue à la rédaction des Constitutions dites d’Anderson[17][17] et participe à la fédération de quatre (4) loges en 1717[18][18] créant ainsi la Grande Loge d'Angleterre.
L’ORIGINE PROTESTANTE ET L’EXPANSION SUBSÉQUENTE
Le caractère spirituel ou maçonnique des rituels écossais fut logiquement accentué dans le cadre de la réforme protestante lancée par Martin Luther[19][19] (1483-1546) au début du 16è siècle. Cette réforme se comprend par la lutte contre les indulgences, à l’origine du Concile de trente du Pape Paul III lancé en décembre 1545. Sous le régime des indulgences, le maçon qui participait à la construction d’une cathédrale ne recevait pas de salaire au sens connu de nos jours. Il recevait, pierre par pierre, des indulgences, qui lui donnaient ultimement la clé du Royaume des cieux. Pas étonnant que cette idée bien maçonnique d’accoler une symbolique biblique à un projet de construction de soi vienne du monde protestant.
Les travaux antérieurs de Martin Luther, consistant notamment à traduire la Bible en Allemand, eurent une
grande influence sur la traduction anglaise de la bible, sous le titre de la Bible du Roi Jacques Stuart en 1611. Ce dernier fut Roi d'Écosse à l'âge d'un an à compter de 1567
et devint Jacques 1er d'Angleterre de 1603 à 1625. La nouvelle bible expressément commandée par ce dernier, devint très populaire en Angleterre au début du 17è siècle. Juxtaposée
à la structure « maçonnique » mise en place par William Schaw, elle allait produire le terreau propice à un développement phénoménal de la franc-maçonnerie.
Ainsi, lorsque Désaguliers intervient au début du 18è siècle, voilà déjà quelques décennies que la franc-maçonnerie proprement dite est née. Il est probable,
qu'entre les années 1620 et 1640, des rituels maçonniques d'inspiration biblique furent construits non seulement dans les loges de William Schaw en Écosse mais également en Angleterre. Ces
rituels étaient logiquement l'oeuvre de pasteurs protestants intéressés à la condition ouvrière. Car, il fallait notamment s'occuper des maçons en chômage. À compter de ce moment,
débute la véritable phase contemplative de la franc-maçonnerie. Désaguliers, en coopération avec Anderson, viendra ultérieurement mettre de l'ordre dans tout cela, au début du 18è siècle à
Londres.
Naissait alors une fraternelle revitalisée [20][20], soit la franc-maçonnerie, qui était en mesure d’exercer un véritable magnétisme sur l’élite anglo-saxonne du 18è siècle par ses caractéristiques spirituelles, son symbolisme scientifique et sa vocation de fraternité dans un monde écossais où la pauvreté fusait de toutes parts. La splendeur monarchique et militaire subséquente de l’Empire britannique du 19è siècle facilitera son expansion, d’abord en Europe occidentale et ensuite, dans le monde entier grâce notamment à la colonisation.
Les assises et le fonctionnement de la franc-maçonnerie contemporaine étaient établis. La formule se répand dès lors comme une trainée de poudre. Cette franc-maçonnerie
qui nait d’un contexte protestant, est vite perçue par l’Église catholique romaine comme un produit dérivé du schisme antérieurement condamné par le Concile de Trente (1545-1563). Par conséquent,
l’Église catholique, par la voix du pape Clément XII[21][21], réagit vivement en 1738, dans la bulle « In Emenenti Apostolus Specula », en condamnant sévèrement la franc-maçonnerie naissante. Cet extrait de ladite
bulle est révélatrice de l’expansion rapide de la franc-maçonnerie :
« Nous avons appris, par la rumeur
publique, qu'il se répand à l'étranger, faisant chaque jour de nouveaux progrès, certaines sociétés, assemblées, réunions, agrégations ou conventicules, appelés communément du nom de
Francs-Maçons ou d'autres noms selon la variété des langues, dans lesquels des hommes de toute religion et de toute secte, affectant une apparence d'honnêteté naturelle, se lient entre eux par un
pacte aussi étroit qu'impénétrable, d'après des lois et des statuts qu'ils se sont faits, et s'engagent par serment prêté sur la Bible, et sous les peines les plus graves, à couvrir d'un silence
inviolable tout ce qu'ils font dans l'obscurité du secret » (Clément XII)[22][22].
La bulle de Clément XII est intéressante pour comprendre la situation de la franc-maçonnerie d’alors. Premièrement, elle se popularise d’une manière jamais observée
auparavant ; deuxièmement, son développement est transfrontalier et troisièmement, sa croissance est multiethniques. Ce développement se réalise rapidement. En effet, entre la fondation de
la Grande Loge d’Angleterre, fruit de la fusion de quatre (4) loges en 1717, et la bulle antimaçonnique de Clément X11 de 1738, il n’y a que deux décennies.
Pourquoi la papauté n’avait-elle pas entendu parler de la franc-maçonnerie antérieurement comme le révèle la bulle de Clément XII ? Simplement, parce que,
jusque-là, elle était pratiquée sur une base corporatiste et hermétique. En outre, Désaguliers, assisté du pasteur Anderson, n’était pas encore intervenu pour la moderniser et
l’adapter, la rendant ainsi captivante aux nouveaux adhérents.
L’efficacité d’une telle propagation implique aussi que les élites monarchique, militaire et marchande britanniques s’y intéressent. Quoique Désaguliers, comme membre
de la Royal Society, avait accès à un réseau scientifique influent, ce développement maçonnique prodigieux ne fut pas l’objet d’un seul homme. Les premiers membres de la Grande Loge
d’Angleterre contrôlaient des espaces aptes à donner de l’expansion à cette franc-maçonnerie naissante.
CONCLUSION
La franc-maçonnerie est un système de morale enseigné sous le voile de l’allégorie au moyen de symboles. Perçue comme cela, elle aura emprunté d'un peu partout : de la Bible, de l'apport scientifique de Désaguliers, du modèle opératif établi par William Schaw et des compagnonnages du Moyen Âge. Tout cela a rendu la franc-maçonnerie plus attirante que les autres associations fraternelles créées pour soulager la profonde misère des prolétaires et pourvoir aux besoins de spiritualité des classes dirigeantes du 17è siècle.
L’émergence de la franc-maçonnerie contemporaine fut donc l’œuvre de deux acteurs principaux: le premier Schaw, Surveillant des travaux publics du Roi Jacques
Stuart, a mis en place un système national de loges avec normes d’accès et de promotion interne par trois degrés. Le second Désaguliers, scientiste et chapelain, lui insuffla un nouveau
symbolisme fondé sur la science et la spiritualité, Ainsi, le génie de Désaguliers, assisté par le pasteur James Anderson, juxtaposé à l’immense besoin d’entraide dans le monde sous tension du
premier quart du 18è siècle, autorisa l’émergence de la franc-maçonnerie d’aujourd’hui.
Finalement, la véritable naissance de la franc-maçonnerie contemporaine remonte logiquement aux années qui suivent immédiatement la publication de la Bible dite du
Roi Jacques Stuart en 1611. Latiniste, devenu subséquemment Roi d'Angleterre, il popularise ladite Bible partout dans son pays. Elle fait donc son entrée triomphale un peu partout
dans les structures maçonniques existantes et elle favorise grandement l'ouverture de nouvelles loges. Convaincu de l'absolutisme du droit divin protestant, Jacques 1er d'Angleterre en vint à
persécuter les catholiques. Cette décision de sa part, à elle seule, peut expliquer la singulière résistance ultérieure de l'Église catholique romaine à une franc-maçonnerie originellement
protestante. Le reste est une question de concordance.
[1][1] Physicien français, fils d’un pasteur protestant, Jean Théophile Désaguliers est né à La Rochelle le 13 mars 1683 et mort à Londres le 29 février 1744.
[2][2] William Schaw[2][2] (1549-1602) fut Maître des Travaux du roi Jacques VI d’Écosse à titre de Surveillant général des maçons d'Écosse.
[3][3] James Anderson est né et a grandi à Aberdeen en Écosse. Pasteur presbytérien et généalogiste, il partit pour Londres travailler comme assistant pour Jean T. Désaguliers. Son nom apparait en appendice des « Constitutions of the Freemasons ».
[4][4] Dachez Roger (1999), « Les origines de la maçonnerie spéculative : état de la situation », Revue Renaissance Traditionnelle, No. 118/119, avril-juillet, p. 79-92.
[5][5] Lorsque le juriste écossais John Skeene achète une propriété en Amérique en 1674, il est déjà franc-maçon.
[6][6] Le père d’Anderson était maçon a Aberdeen. Ce qui indique que la franc-maçonnerie existait déjà avant Désaguliers.
[7][7] Poitrineau Abel, (1992) Histoire du compagnonnage, Lyon, Horvath, 133 p.
[8][8] Stevenson David (2008) Les premiers francs-maçons : les loges écossaises originelles et leurs membres, Ivoire Clair Éditeur.
[9][9] Dans l’armée romane, l’aspirant soldat était sacralisé selon un rite établi. Il fallait qu’il soit « désacralisé » comme condition de sortie de l’armée. Voir à cet égard : Flavius Josèphe, La guerre des Juifs, 70 ap. J.C.,
[10][10] Bordonove G, (1975) La vie quotidienne des templiers au 18è siècle, Hachette, 251 p.
[11][11] http://fr.wikipedia.org/wiki/Statuts_Schaw
[12][12] La loge Mary’s Chapel est sise au 19 Hill Street à Édimbourg.. Elle conserve des registres accessibles depuis juillet 1599. Son URL est le suivant : http://www.lodgeofedinburgh.org.uk/
[13][13] http://www.universalis.fr/encyclopedie/T099265/DESAGULIERS_J_T.htm
[14][14] Joxe P, (1998) L’Édit de Nantes : une histoire d’aujourd’hui, Hachette, Paris, 1998, 371 p.
[15][15] http://www.lodgeofedinburgh.org.uk/. La loge Mary’s Chapel d’Édimbourg possède les minutes de la visite historique de Désaguliers.
[16][16] http://fr.wikipedia.org/wiki/James_Anderson_(1678-1739)
[17][17] Le nom d’Anderson figure en appendice des dites Constitutions d’Anderson et non en page de garde comme le fait logiquement l’auteur d’un texte.
[18][18] http://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Loge_unie_d'Angleterre. La date de fondation de la Grande Loge d'Angleterre est tirée de son site WEB officiel.
[19][19] Leplay Michel (1998), Martin Luther, Desclée de Brouwer, Paris, 219 p.
[20][20] Naudon Paul (1981), Histoire générale de la franc-maçonnerie, PUF, Paris, 251 p.
[21][21]http://fr.wikipedia.org/wiki/Cl%C3%A9ment_XII
[22][22] http://fr.wikipedia.org/wiki/In_eminenti_apostolatus_specula. « Donné à Rome, près de Sainte-Marie Majeure, en l'an de l'Incarnation de Notre Seigneur MDCCXXXVIII, le IV des Calendes de Mai (28 avril)»
Le pouvoir maçonnique fût omniprésent lors de la fondation des États-Unis car les principes à la base de la franc-maçonnerie s’inséraient assez bien dans les stratégies de peuplement primaire du territoire américain. Le concept maçonnique du maçon libre convenait plutôt bien à l’individualisme propre aux assises sociétales primaires de l’Amérique. En effet, le colon américain était à sa terre ce que le maçon était à sa loge, libre d’aller porter l’usufruit de son labeur le plus loin possible dans un espace perçu comme étant sans fin tant, de l’est à l’ouest, que du nord au sud. En effet, le territoire américain d’alors, à l’image symbolique de la loge maçonnique, était considéré sans frontière.
L’histoire des États-Unis s’infère d’un concept d’espace sans limite comme la franc-maçonnerie l’invoque systémiquement. Cette vision pouvait d’autant prendre racine dans le cadre de la densité démographique américaine très faible du 18è siècle. La grande décentralisation de l’action se déroulait dans une société organisée d’une manière singulièrement flexible[1][1]. Ainsi, la famille nouvellement débarquée pouvait bénéficier aisément de l’octroi d’une terre car les valeurs propres à liberté encourageaient l’idée d’un développement rapide vers l’intérieur du territoire.
En outre, la politique de peuplement des élites coloniales de l’époque encourageait fortement un flux migratoire de l’est vers l’ouest américain. L’occupation du territoire visait aussi à assurer la sécurité de la population. L’Amérique était ainsi perçue comme un vaste projet social de peuplement spontané. C’est dans ce contexte particulier de stratégies d’occupation territoriale et de sécurité collective, que la franc-maçonnerie américaine initiale a été en mesure d’exercer une influence décisive. Les principes maçonniques de liberté individuelle et de cohésion interne, dans une société massivement analphabète, permettaient aux élites coloniales d’accroître le potentiel de réussite dans leur projet de mise en place du rêve américain, voulant que l’échec ou la réussite n’engage nul autre que l’individu lui-même.
Cette recherche se propose d’une part, de faire ressortir la participation active de la franc-maçonnerie dans la fondation de l’Amérique et d’autre part de démontrer que les valeurs maçonniques sont liées aux principes à la base du développement initial des États-Unis.
Le premier franc-maçon débarqué aux États-Unis serait un certain John Skene qui s’établit au New-Jersey. C’est en l’année 1674 que John Skene acheta 500 acres de terre dans l’ouest de l’État du New-Jersey afin d’y établir une plantation de pêches[2][2]. Il est réputé être le premier franc-maçon réellement visible à s’installer aux États-Unis, lesquelles étaient alors une colonie anglaise.
La réussite financière de Skene ne se fit pas attendre. Devenu rapidement prospère, il siégea à l’assemblée générale de l’époque et subséquemment comme Gouverneur. La résidence que Skene fit construire est maintenant un musée accessible au public. Skene est représentatif de la franc-maçonnerie élitiste du 18è siècle. Elle allait jeter les bases d’une faste période maçonnique subséquente celle de George Washington.
La première loge maçonnique américaine fut créée à Philadelphie en 1731 dans la foulée de la Grande Loge de Londres qui elle, remonte à 1717. Elle est suivie en 1733 par l’ouverture de la loge St-John à Boston[3][3].
C’est dans la première moitié du 18è siècle que la franc-maçonnerie américaine se formalise et s’installe là où la densité de la population l’autorise. Ainsi, c’est dans une franc-maçonnerie émergente que Benjamin Franklin devient Grand Maître de la loge de Pennsylvanie en 1749[4][4].
Benjamin
Franklin (1706-1790) exerça une grande influence dans l’élaboration du rêve américain. Homme visionnaire, il fût aussi écrivain, physicien
et diplomate de haut rang. D’abord imprimeur à Philadelphie, il se fait connaître par le succès de ses livres sous la forme d’almanachs. Promoteur de la liberté, il est franc-maçon déiste dans la tradition anglo-saxonne. Intellectuel et
philanthrope, il porte le flambeau du mouvement souverainiste américain jusqu’à Londres[5][5]. Il
anime le mouvement des colons contre la taxation[6][6]. Homme
populaire, il s’oppose à l’esclavage et signe la Déclaration d’indépendance en 1776, devenant ainsi un père fondateur des États-Unis. Voici
d’ailleurs le préambule de la Constitution américaine :
« Nous, le Peuple des États-Unis, en vue de former une Union plus parfaite,
d'établir la justice, de faire régner la paix intérieure, de pourvoir à la défense commune, de développer le bien-être général et d'assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre
postérité, nous décrétons et établissons cette Constitution pour les États-Unis d'Amérique. [7][7] »
Le texte précité permet de relever un certain nombre de valeurs maçonniques :
· Premièrement, la notion d’union parfaite est une valeur visiblement empruntée à la fraternité maçonnique ;
· Deuxièmement, le concept de paix intérieure se retrouve également dans l’idéal maçonnique dans la mesure où chaque maçon doit se construire lui-même sans dogmatisme imposé ;
· Troisièmement, la liberté représente une valeur d’entrée dans le mouvement maçonnique.
La table était ainsi mise pour confier la première présidence américaine à un autre franc-maçon soit
George Washington, lequel fut initié en Virginie à la Loge Fredericksburg en 1752[8][8].
George Washington (1732-1799) gagna la guerre d’indépendance avant d’être le premier
Président des États-Unis (1789-1797). Planteur richissime, il devint célèbre autant en Europe qu’en Amérique, d’une part, à cause de son rôle
militaire et d’autre part, à cause de son engagement politique. Il n’hésite pas à s’unir à l’armée française de Lafayette pour se détacher de
l’empire britannique. La guerre contre l’Angleterre étant terminée, il participe à la rédaction de la Constitution américaine. Devenu Président des États-Unis, ses deux mandats successifs lui permettront de laisser une empreinte indélébile, à la fois politique et maçonnique, sur
l’histoire américaine[9][9].
C’est dans le cadre d’une franc-maçonnerie politiquement puissante et socialement active que survient un
évènement qui, à lui seul, exacerba l’imaginaire collectif et favorisa la mise en forme d’une action coercitive souverainiste contre l’Angleterre. Il s’agit du « Boston Tea Party » qui survint en 1773. Organisée essentiellement par des
francs-maçons[10][10] à la taverne
« Green Dragon », l’initiative consista à jeter la cargaison de thé d’un cargo, provenant de l’Angleterre, à la mer, en guise de protestation contre l’imposition d’une taxe britannique
sur les produits. Cet évènement gonfla l’imaginaire populaire contre l’Angleterre monarchique et servit
de point d’ancrage à la guerre d’indépendance qui débuta peu de temps après l’incident du « Boston Tea Party » soit en 1775[11].
CONCLUSION
Le fait que la franc-maçonnerie soit si souvent citée comme partie essentielle de l’évolution des États-Unis provient essentiellement de trois axes de compréhension. Premièrement, les individus qui ont marqué la fondation des États-Unis étaient francs-maçons et ceux-ci étaient insérés dans une société qui leur offrait l’opportunité de mettre leurs croyances en pratique. Deuxièmement, les principes de la franc-maçonnerie, notamment ceux de liberté, convenaient parfaitement à l’installation de flux migratoires sur un territoire considéré à l’époque comme étant, mutatis mutandis, sans fin.
En outre, le principe maçonnique de non dévoilement de
ses membres, fournissait une forme d’immunité à ceux qui souhaitaient mener des actions visant à contraindre les autorités britanniques. L’incident
du « Boston Tea Party » illustre assez bien l’avantage de faire partie de la franc-maçonnerie comme véhicule d’action ; les tenues étant secrètes. Même si la franc-maçonnerie interdit formellement tout acte illégal et n’a aucun but subversif, le contexte maçonnique du 18è siècle aux États-Unis offrait
un moyen additionnel à l’action indépendantiste.
Le 18è siècle se prêtait aussi à la pratique d’une franc-maçonnerie élitiste. D’une part, elle offrait une philosophie du symbole et de l’allégorie dans un monde en quête d’une nouvelle spiritualité. D’autre part, les moyens de communication électroniques d’alors étant inexistants, la franc-maçonnerie ne souffrait guère de la compétition électronique qu’elle doit affronter de nos jours. Sa destinée était dès lors placée entre les mains d’hommes de pouvoir qui avaient à la fois le temps et l’argent pour s’y investir. C’est ainsi que la franc-maçonnerie s’est infiltrée naturellement dans l’exercice américain du pouvoir. Dans un sens, elle y est toujours et dans un autre sens, elle est en voie d’en sortir. En effet, la montée des femmes dans les sphères décisionnelles, juxtaposée à la quête de sens à laquelle les jeunes sont confrontés, posent une nouvelle problématique à la franc-maçonnerie. Si influente dans le passé, les temps ont changé. Sera-t-elle en mesure de prendre un nouveau visage. La réponse réside sans doute dans la capacité d’adaptation de la franc-maçonnerie, en tant que société initiatique, aux nouveaux défis de société auxquels elle est confrontée. Entre temps, le besoin de bon nombre d’individus d’appartenir à une société spirituelle, initiatique et laïque, à des fins de formation personnelle, sera toujours là. Mais l’intensité ou la présence d’une telle appartenance sera toujours fluctuant. Ainsi, le pouvoir d’influence maçonnique, à l’instar de celui de tout autre groupe social, est appelé à fluctuer dans le temps.
[1][1] Lacroix Jean-Michel, (2001) Histoire des États-Unis, PUF, Paris, 600p.
[2][2] Hodapp Christopher, (2007) Solomon’s Builders : Freemasons, Founding Fathers and the Secrets of Washington, Ulysses Press, Berkeley Editor.
[3][3] Jeffers H. Paul, (2006) The Freemasons in America : Inside Secret Society, Citadel Press Books, New-York, 221p.
[4][4] Gaustad Edwin, (2006) Benjamin Franklin : Lives and Legacy, Oxford University Press, New-York, 108p.
[5][5] J.P. Greene(1987) The Americain Revolution, University Press, New-York, cité dans E. Marienstras, Noami Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, p. 98 et 125.
[6][6] Borstin Daniel, (1991) L’aventure coloniale : les Américains, Robert Laffont, Paris
[7][7] http://french.france.usembassy.gov/a-z-constitution.html
[8][8] D’une manière anecdotique, Georges Washington doit son tablier de franc-maçon à l’épouse de Lafayette.
[9][9] Hort Lennon, (2005) Georges Washington, First American Edition, New-York,128p.
[10][10] Roberts Allen E., (1985) Freemasonery in Americain History, Macoy Publishing, New-York.
[11][11] Miller John, (1943) Origins of the Americans Revolution, Stanford University Press, Stanford
Le symbole perdu - Dan Brown
Le livre «Le symbole perdu » du populaire auteur Dan Brown va au-delà d’une simple trilogie dans la foulée de deux romans antérieurs soient le « Code Da Vinci » et « Des Anges et Démons ». Il s’agit d’abord d’un symbolisme de « haute voltige » et ensuite d’une certaine leçon de sociologie de proximité face à une société américaine en quête de sens. L’analyse de l’œuvre de Brown, spécialement son livre « Le symbole perdu », peut se limiter à son caractère romanesque. Mais à bien y réfléchir, il soulève un certain nombre de principes intéressants au plan sociologique : d’abord la relation entre la science et la spiritualité, ensuite la dynamique du secret et finalement, le paradoxe entre bien et le mal.
Synthèse du livre « Le symbole perdu »
Dan Brown pose sa problématique de la manière suivante : Peter Solomon, maçon d’exception, est kidnappé par un certain Mal’akh, maçon scélérat, lequel cherche à découvrir les secrets maçonniques accessibles uniquement au 33è degré de l’Ordre. Les dits secrets sont perdus depuis l’antiquité judaïque pour tout individu n’ayant pas atteint ce sublime 33è degré.
Ces secrets ont été dissimulés quelque part dans Washington probablement par Georges Washington lui-même. Un moyen privilégié d’y accéder consiste à décrypter un parcours codé, ce que le professeur Robert Langdon s’apprête résolument à faire. Il s’exécute avec la coopération d’une scientiste soit Katherine, sœur de Peter Solomon. C’est dans ce contexte que les énigmes surgissent l’une après l’autre dans une phase temporelle, n’excédant pas une douzaine d’heures, aux alentours du Capitole. La connaissance perdue sera-t-elle retrouvée ? Dans cette tentative pour conquérir la vérité, quel moyen sera le plus utile : la science ou la spiritualité.
La relation entre la science et la spiritualité
Dan Brown fait ressortir habilement le paradoxe entre la science et la spiritualité car tous les hommes y sont confrontés un jour ou l’autre au cours de leur existence : faire confiance à la science ou à la spiritualité afin de se conforter dans ses croyances. L’auteur pose ce paradoxe audacieux dans un pays où la controverse entre la science et la spiritualité n’a jamais été autant exacerbée. Cette exacerbation tire probablement son origine des récents progrès technologiques américains dont l’expression ultime est sans doute l’aventure spatiale. Juxtaposée à cela, une portion signifiante de la société américaine s’adonne à une consommation effrénée de propos religieux télévisés. Grâce aux technologies de l’information, fruits de la science, des « preachers » américains peuvent gravir des sommets inégalés.
Ce faisant, Dan Brown fait davantage qu’écrire un roman. Il fonce à toute allure dans les carences éducatives de la société américaine qui s’est implicitement toujours méfiée de l’État pour assurer sa destinée. La controverse américaine actuelle, entre le créationnisme ou le darwinisme, pour expliquer la naissance de l’homme, n’est qu’une facette, parmi d’autres, du paradoxe entre la science et le spirituel. Rappelons que la controverse, science-spiritualité, s’applique aux Américains dans une bonne mesure, mais elle vaut davantage dans d’autres pays du monde. En effet, bon nombre de guerres observables sur la terre, à l’heure présente, cachent souvent un conflit provenant de valeurs spirituelles.
Dan Brown prend toujours soin de conclure, implicitement ou explicitement, qu’une société a naturellement besoin de la science et de la religion. Souhaite-t-il, ce faisant, conforter certains de ses lecteurs ou éviter de les offusquer. On ne le saura réellement jamais à moins que l’auteur le déclare lui-même. Cela fait sans doute partie de sa liberté de citoyen et d’auteur de « best sellers »[1].
Si le monde a besoin à la fois de spiritualité et de science, le dosage adéquat entre ces deux éléments semble complexe. Pour utiliser adéquatement l’un et l’autre, la notion de « force » peut être mise en exergue. « La force est en toi » ou « la force est en Dieu ». Le concept de « force en soi » invite à la limite à se priver de Dieu. Nous sommes alors dans le champ de l’athéisme. La notion de « force en Dieu » invite à la limite à tout ramener vers lui. Nous sommes alors dans le champ du religieux fondamentaliste. L’homme est condamné à choisir l’un et l’autre. Les personnages du roman de Dan Brown dégagent beaucoup de force personnelle dans le sens positif ou négatif du terme. À cet égard, la franc-maçonnerie lui offre un terrain fertile car le concept de force intérieure occupe une portion signifiante de la réflexion maçonnique.
La dynamique du secret
Dès le départ, Dan Brown interroge le secret maçonnique, lequel est souvent l’objet de méfiance de la part de plusieurs profanes[2]. C’est ainsi que le concept de secret sert de point d’ancrage à l’anti-maçonnisme. À cet égard, l’argumentaire est intéressant dans les deux sens. Des non maçons attribuent un caractère déviant au secret maçonnique. Comment croire qu’une chose cachée soit fondamentalement bonne. À l’inverse, les maçons considèrent le concept de secret comme un élément mobilisateur ou un facteur d’affiliation. Ainsi, ils estiment le secret comme un générateur d’appropriation de leur Ordre ou d’appartenance à une communauté fraternelle, une sorte de fierté collective. Quelle entreprise n’a aucun secret ? Allez voir un brasseur et demandez-lui sa recette de bière, diront les maçons. Voyez s’il vous la donnera !
Le secret est un élément fondamental du fonctionnement de la société. L’entreprise possède ses secrets d’affaires; elle est habituellement jalouse de ses listes de fournisseurs. Le professionnel de la santé protégera les dossiers de ses patients, le professeur ne dévoilera pas les dossiers académiques de ses étudiants. Quel pays n’a pas de secret d’État? Le principe du secret est incontournable et inviolable. Voilà pour le principe. Néanmoins, il y a toujours danger d’une dérive. Par exemple, certains services secrets peuvent se rendre jusqu’au crime. C’est ainsi que la mesure d’une chose est parfois plus importante que la chose elle-même. Comme tout ne peut être dit, le secret fait partie de la vie. Mais ceux qui le pratiquent peuvent commettre l’excès. Dans tous les cas, la notion de secret fascine et Dan Brown choisit à l’évidence de ne pas s’en priver.
Le paradoxe entre le bien et le mal
Le livre « Le symbole perdu » se comprend aussi dans le cadre du paradoxe du bien et du mal. Mal’akh représente le mal et Peter Solomon peut traduire le bien. Voilà une problématique aussi vieille que l’humanité. Le christianisme la pose dès le paradis terrestre avec le fruit défendu. Socrate, auteur grec antique, s’en est grandement inspiré. Par conséquent, les réalités se comprennent mieux avec une réflexion paradoxale qu’il s’agisse du bien ou du mal, du vrai ou du faux, du beau ou du laid.
Tout individu, pour apprendre à faire le bien, doit comprendre son opposé soit le mal. Curieusement, on peut bien apprendre une chose par son contraire. Vivre une guerre, avec ses atrocités, est inadmissible mais cela possède au moins le mérite de faire apprécier la paix. Échanger avec un citoyen qui a vécu la guerre, c’est tout comprendre. Et la pensée judéo-chrétienne a été largement forgée par le paradoxe du bien et du mal. Une lecture de la bible l’illustre éloquemment, car les bons et les méchants pleuvent de toutes parts. Ainsi, l’œuvre de Dan Brown puise abondamment dans la pensée judéo-chrétienne.
Pourquoi choisir la franc-maçonnerie comme site d’action du roman ?
Pourquoi Dan Brown choisit-il la franc-maçonnerie dans son parcours romanesque ? La franc-maçonnerie est un Ordre à la fois laïque, spirituel, ritualiste et non dogmatique. Elle possède un caractère universel étant, à priori, répandue sur toute la surface de la terre, quoique sa densité, par exemple, dans certains pays asiatiques, soit extrêmement faible. S’ajoute finalement le côté historiciste de la franc-maçonnerie. Certains la font remonter aux bâtisseurs de cathédrale, d’autres aux ouvriers des pyramides. Finalement, elle présente des attributs ésotériques.
La franc-maçonnerie répond à l’idéal occidental du « construis-toi toi-même ». Elle se situe quelque part entre la religion et la science. Elle n’est pas une religion car elle ne promet aucun paradis éternel. Elle n’est pas également une science au sens classique du terme. Sa tradition initiatique juxtaposée au concept de connaissance antique, partagés entre maçons, lui octroient un caractère particulier. Comme elle s’inscrit dans un monde de laïcité, elle provoque un questionnement légitime de la part de ceux qui n’en font pas partie.
Dan Brown n’a donc pas choisi la franc-maçonnerie au hasard pour écrire « le symbole perdu ». En outre, la façon dont il manie son art est susceptible de susciter une réflexion dans un monde occidental fracturé socialement et en quête de sens. Sous cet aspect, Dan Brown est bien davantage qu’un romancier.
Rassembler des maçons et des maçonnes qui souhaitent unir leur expertise afin de contribuer à l'essor de la franc-maçonnerie et oeuvrer à leur développement personnel dans l'amitié.
Bibliothèque du Frère Trébuchet
http://www.masoniclib.com/bienvenue.html
Masonic Reseach Societies
http://orindalodge.org/research_societies.php
Évènements maçonniques en Amérique
http://masonicworldevents.com/default.aspx
Site
GADLU
http://www.gadlu.info/