LES RACINES MAÇONNIQUES DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE

Publié le par Jean Bernache



 

 

 

 

 

Le pouvoir maçonnique fût omniprésent lors de la fondation des États-Unis car les principes à la base de la franc-maçonnerie s’inséraient assez bien dans les stratégies de peuplement primaire du territoire américain.  Le concept maçonnique du maçon libre convenait plutôt bien à l’individualisme propre aux assises sociétales primaires de l’Amérique.  En effet, le colon américain était à sa terre ce que le maçon était à sa loge, libre d’aller porter l’usufruit de son labeur le plus loin possible dans un espace perçu comme étant sans fin tant, de l’est à l’ouest, que du nord au sud.  En effet, le territoire américain d’alors, à l’image symbolique de la loge maçonnique, était considéré sans frontière.  

 

L’histoire des États-Unis s’infère d’un concept d’espace sans limite comme la franc-maçonnerie l’invoque systémiquement.  Cette vision pouvait d’autant prendre racine dans le cadre de la densité démographique américaine très faible du 18è siècle.  La grande décentralisation de l’action se déroulait dans une société organisée d’une manière singulièrement flexible[1][1].  Ainsi, la famille nouvellement débarquée pouvait bénéficier aisément de l’octroi d’une terre car les valeurs propres à liberté encourageaient l’idée d’un développement rapide vers l’intérieur du territoire.  

 

En outre, la politique de peuplement des élites coloniales de l’époque encourageait fortement un flux migratoire de l’est vers l’ouest américain.  L’occupation du territoire visait aussi à assurer la sécurité de la population. L’Amérique était ainsi perçue comme un vaste projet social de peuplement spontané.  C’est dans ce contexte particulier de stratégies d’occupation territoriale et de sécurité collective, que la franc-maçonnerie américaine initiale a été en mesure d’exercer une influence décisive.  Les principes maçonniques de liberté individuelle et de cohésion interne,  dans une société massivement analphabète, permettaient aux élites coloniales d’accroître le potentiel de réussite dans leur projet de mise en place du rêve américain, voulant que l’échec ou la réussite n’engage nul autre que l’individu lui-même.

 

Cette recherche se propose d’une part, de faire ressortir la participation active de la franc-maçonnerie dans la fondation de l’Amérique et d’autre part de démontrer que les valeurs maçonniques sont liées aux principes à la base du développement initial des États-Unis.

 

Le premier franc-maçon débarqué aux États-Unis serait un certain John Skene qui s’établit au New-Jersey.   C’est en l’année 1674 que John Skene acheta 500 acres de terre dans l’ouest de l’État du New-Jersey afin d’y établir une plantation de pêches[2][2].  Il est réputé être le premier franc-maçon réellement visible à s’installer aux États-Unis, lesquelles étaient alors une colonie anglaise.  

 

La réussite financière de Skene ne se fit pas attendre.  Devenu rapidement prospère, il siégea à l’assemblée générale de l’époque et subséquemment comme Gouverneur.   La résidence que Skene fit construire est maintenant un musée accessible au public. Skene est représentatif de la franc-maçonnerie élitiste du 18è siècle.  Elle allait jeter les bases d’une faste période maçonnique subséquente celle de George Washington.


La première loge maçonnique américaine fut créée à Philadelphie en 1731 dans la foulée de la Grande Loge de Londres qui elle, remonte à 1717.  Elle est suivie en 1733 par l’ouverture de la loge St-John à Boston[3][3].  C’est dans la première moitié du 18è siècle que la franc-maçonnerie américaine se formalise et s’installe là où la densité de la population l’autorise.  Ainsi, c’est dans une franc-maçonnerie émergente que Benjamin Franklin devient Grand Maître de la loge de Pennsylvanie en 1749[4][4].

 

Benjamin Franklin (1706-1790) exerça une grande influence dans l’élaboration du rêve américain.  Homme visionnaire, il fût aussi écrivain, physicien et diplomate de haut rang.  D’abord imprimeur à Philadelphie, il se fait connaître par le succès de ses livres sous la forme d’almanachs.   Promoteur de la liberté, il est franc-maçon déiste dans la tradition anglo-saxonne.  Intellectuel et philanthrope, il porte le flambeau du mouvement souverainiste américain jusqu’à Londres[5][5].  Il anime le mouvement des colons contre la taxation[6][6].  Homme populaire, il s’oppose à l’esclavage et signe la Déclaration d’indépendance en 1776, devenant ainsi un père fondateur des États-Unis.  Voici d’ailleurs le préambule de la Constitution américaine :


« Nous, le Peuple des États-Unis, en vue de former une Union plus parfaite, d'établir la justice, de faire régner la paix intérieure, de pourvoir à la défense commune, de développer le bien-être général et d'assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et à notre postérité, nous décrétons et établissons cette Constitution pour les États-Unis d'Amérique.
[7][7] »


Le texte précité permet de relever un certain nombre de valeurs maçonniques :

·       Premièrement, la notion d’union parfaite est une valeur visiblement empruntée à la fraternité maçonnique ;

·       Deuxièmement, le concept de paix intérieure se retrouve également dans l’idéal maçonnique dans la mesure où chaque maçon doit se construire lui-même sans dogmatisme imposé ;

·       Troisièmement, la liberté représente une valeur d’entrée dans le mouvement maçonnique.


La table était ainsi mise pour confier la première présidence américaine à un autre franc-maçon soit George Washington, lequel fut initié en Virginie à la Loge Fredericksburg en 1752
[8][8].  


George Washington
(1732-1799) gagna la guerre d’indépendance avant d’être le premier Président des États-Unis (1789-1797).  Planteur richissime, il devint célèbre autant en Europe qu’en Amérique, d’une part, à cause de son rôle militaire et d’autre part, à cause de son engagement politique.  Il n’hésite pas à s’unir à l’armée française de Lafayette pour se détacher de l’empire britannique.  La guerre contre l’Angleterre étant terminée, il participe à la rédaction de la Constitution américaine.  Devenu Président des États-Unis, ses deux mandats successifs lui permettront de laisser une empreinte indélébile, à la fois politique et maçonnique, sur l’histoire américaine[9][9].


C’est dans le cadre d’une franc-maçonnerie politiquement puissante et socialement active que survient un évènement qui, à lui seul, exacerba l’imaginaire collectif et favorisa la mise en forme d’une action coercitive souverainiste contre l’Angleterre.  Il s’agit du « Boston Tea Party » qui survint en 1773.  Organisée essentiellement par des francs-maçons
[10][10] à la taverne « Green Dragon », l’initiative consista à jeter la cargaison de thé d’un cargo, provenant de l’Angleterre, à la mer, en guise de protestation contre l’imposition d’une taxe britannique sur les produits.  Cet évènement gonfla l’imaginaire populaire contre l’Angleterre monarchique et servit  de point d’ancrage à la guerre d’indépendance qui débuta peu de temps après l’incident du « Boston Tea Party » soit en 1775[11].



CONCLUSION

 

Le fait que la franc-maçonnerie soit si souvent citée comme partie essentielle de l’évolution des États-Unis provient essentiellement de trois axes de compréhension.  Premièrement, les individus qui ont marqué la fondation des États-Unis étaient francs-maçons et ceux-ci étaient insérés dans une société qui leur offrait l’opportunité de mettre leurs croyances en pratique.  Deuxièmement, les principes de la franc-maçonnerie, notamment ceux de liberté, convenaient parfaitement à l’installation de flux migratoires sur un territoire considéré à l’époque comme étant, mutatis mutandis, sans fin.  

 

En outre, le principe maçonnique de non dévoilement de ses membres, fournissait une forme d’immunité à ceux qui souhaitaient mener des actions visant à contraindre les autorités britanniques.  L’incident du « Boston Tea Party » illustre assez bien l’avantage de faire partie de la franc-maçonnerie comme véhicule d’action ; les tenues étant secrètes.  Même si la franc-maçonnerie interdit formellement tout acte illégal et n’a aucun but subversif, le contexte maçonnique du 18è siècle aux États-Unis offrait un moyen additionnel à l’action indépendantiste.  
 

Le 18è siècle se prêtait aussi à la pratique d’une franc-maçonnerie élitiste.  D’une part, elle offrait une philosophie du symbole et de l’allégorie dans un monde en quête d’une nouvelle spiritualité.  D’autre part, les moyens de communication électroniques d’alors étant inexistants, la franc-maçonnerie ne souffrait guère de la compétition électronique qu’elle doit affronter de nos jours.   Sa destinée était dès lors placée entre les mains d’hommes de pouvoir qui avaient à la fois le temps et l’argent pour s’y investir.  C’est ainsi que la franc-maçonnerie s’est infiltrée naturellement dans l’exercice américain du pouvoir. Dans un sens, elle y est toujours et dans un autre sens, elle est en voie d’en sortir.   En effet, la montée des femmes dans les sphères décisionnelles, juxtaposée à la quête de sens à laquelle les jeunes sont confrontés, posent une nouvelle problématique à la franc-maçonnerie.  Si influente dans le passé, les temps ont changé.  Sera-t-elle en mesure de prendre un nouveau visage.  La réponse réside sans doute dans la capacité d’adaptation de la franc-maçonnerie, en tant que société initiatique, aux nouveaux défis de société auxquels elle est confrontée.  Entre temps, le besoin de bon nombre d’individus d’appartenir à une société spirituelle, initiatique et laïque, à des fins de formation personnelle, sera toujours là.  Mais l’intensité ou la présence d’une telle appartenance sera toujours fluctuant.  Ainsi, le pouvoir d’influence maçonnique, à l’instar de celui de tout autre groupe social, est appelé à fluctuer dans le temps.

 


 



[1][1] Lacroix Jean-Michel, (2001) Histoire des États-Unis, PUF, Paris, 600p.

[2][2] Hodapp Christopher, (2007) Solomon’s Builders : Freemasons, Founding Fathers and the Secrets of Washington, Ulysses Press, Berkeley Editor.

[3][3] Jeffers H. Paul, (2006) The Freemasons in America : Inside Secret Society,  Citadel Press Books, New-York, 221p.

[4][4] Gaustad Edwin, (2006) Benjamin Franklin : Lives and Legacy, Oxford University Press, New-York, 108p.

[5][5] J.P. Greene(1987) The Americain Revolution, University Press, New-York, cité dans E. Marienstras, Noami Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, p. 98 et 125.

[6][6] Borstin Daniel, (1991) L’aventure coloniale : les Américains, Robert Laffont, Paris

[7][7] http://french.france.usembassy.gov/a-z-constitution.html

[8][8] D’une manière anecdotique, Georges Washington doit son tablier de franc-maçon à l’épouse de Lafayette.

[9][9] Hort Lennon, (2005) Georges Washington, First American Edition, New-York,128p.

[10][10] Roberts Allen E., (1985) Freemasonery in Americain History, Macoy Publishing, New-York.

[11][11] Miller John, (1943) Origins of the Americans Revolution, Stanford University Press, Stanford

Publié dans Histoire

Commenter cet article